Analyse de Karine Sautereau — Centre Inffo, Quotidien de la Formation, 17 juillet 2026
Quand 35 chercheurs repensent l’apprentissage ensemble
Dans un monde où les défis à relever, climatiques, sociaux, numériques, dépassent les capacités d’un individu seul, l’apprentissage individuel montre ses limites. C’est le point de départ d’un travail collectif mené par 35 chercheurs internationaux spécialisés dans l’apprentissage et l’intelligence collective, réunis au Learning Planet Institute sous l’impulsion de son directeur général, Gaëll Mainguy. Durant quatre jours, ils ont co-construit un programme de recherche et développement destiné à l’éducation et à la formation.
Leur définition de l’intelligence collective est précise : « les décisions prises lorsque de grands groupes de personnes construisent du sens, en mettant l’accent sur la capacité collective à agir en conséquence ». L’objectif n’est pas un concept flou ou rhétorique — c’est un levier concret pour repenser l’apprentissage à l’ère des transitions.
Cinq thèmes, un programme ambitieux
Le collectif de chercheurs a identifié cinq thèmes prioritaires pour structurer ce programme de R&D :
les processus, objectifs et valeurs de l’apprentissage au 21e siècle ; l’apprentissage collectif assisté par la technologie ; l’apprentissage social et émotionnel ; l’évaluation de l’apprentissage informel ; et la nécessité d’un changement positif systémique dans l’éducation des citoyens.
C’est le deuxième thème, l’apprentissage collectif assisté par la technologie, qui offre le regard le plus opérationnel pour les acteurs de la formation professionnelle. Les chercheurs se posent une question centrale : comment la technologie peut-elle soutenir (et non entraver) les expériences d’apprentissage pour relever collectivement les futurs défis sociétaux ?
Les 4 défis technologiques identifiés
Quatre défis concrets sont mis en avant. Deux d’entre eux méritent une attention particulière.
1. Connecter les apprenants sur des critères holistiques
Les outils numériques de mise en relation qui existent aujourd’hui (plateformes LMS, outils de mentoring, réseaux professionnels) fonctionnent essentiellement sur des critères cognitifs : complémentarité des connaissances, proximité des expertises. C’est utile, mais insuffisant.
Les chercheurs proposent d’aller plus loin : développer des algorithmes d’appariement capables d’intégrer des critères bien plus larges (sociaux, émotionnels, motivationnels) pour favoriser à la fois des interactions ponctuelles réussies et des engagements durables. Cela passe par deux étapes : identifier ces critères holistiques pour les intégrer dans un algorithme, puis évaluer les interfaces qui produisent les interactions les plus harmonieuses et productives sur plusieurs dimensions.
Pour les organismes de formation, c’est une piste de travail concrète : les outils de mise en relation entre apprenants, tuteurs et pairs pourraient être bien plus puissants s’ils tenaient compte de la dimension humaine au-delà de la seule expertise.
2. Combiner apprentissage et activisme citoyen
L’IA générative ouvre une possibilité nouvelle : transformer des tâches complexes en activités accessibles et engageantes pour le grand public. L’exemple cité est parlant — des outils permettent déjà à des « créateurs occasionnels » de visualiser les effets du réchauffement climatique, ou de co-imaginer des futurs utopiques et dystopiques à partir de scénarios climatiques (voir This Climate Does Not Exist).
Mais comme le soulignent les chercheurs, « transformer ces activités d’engagement public en opportunités d’apprentissage structurées et efficaces représente un énorme défi, qui ne peut être relevé qu’en réunissant les développeurs de technologies, les organisations d’action civile et les cadres de pédagogie active ». La clé : combiner création de connaissances réelles via des initiatives d’impact et un accompagnement technologique efficace.
Pour la formation professionnelle, cela ouvre des perspectives concrètes — notamment pour les formations liées à la RSE, à la transition écologique ou à l’engagement territorial.
Ce que cela implique pour les acteurs de la formation
Ce programme de recherche, fondé sur ce que Gaëll Mainguy appelle la « recherche fondamentale inspirée par l’utilisation » (référence au quadrant de Pasteur), n’est pas une réflexion abstraite. Il dessine un agenda concret pour les EdTech, les organismes de formation et les équipes pédagogiques : repenser les outils de mise en relation, intégrer l’apprentissage social et émotionnel, et construire des dispositifs qui garantissent éthique, équité et explicabilité.
À l’heure où l’IA transforme les pratiques pédagogiques, ce regard collectif et international rappelle une évidence trop souvent oubliée : apprendre ensemble, c’est d’abord se connecter vraiment.
Pour aller plus loin
- Lire l’article complet sur Centre Inffo
- Découvrir le Learning Planet Institute
- Explorer This Climate Does Not Exist
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