Formation digitale en entreprise : la gouvernance avant les outils

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Source : Article d’Imane Douch, AINOA, 17 mai 2026 Basé sur : Céreq Bref n°484, avril 2026 : « Plus la formation est pilotée en entreprise, plus elle se déploie en ligne », Jimmy Merlet

Un chiffre qui invite à regarder autrement la formation digitale

Le développement de la formation à distance en entreprise ne se décrète pas. Il se construit. C’est l’un des principaux enseignements du Céreq Bref n°484 publié en avril 2026, dont AINOA propose un décryptage détaillé. Menée par le chercheur Jimmy Merlet auprès d’entreprises de moins de 1 000 salariés, cette étude établit un constat aussi simple qu’éclairant : plus la formation est pilotée dans une entreprise, plus elle se déploie en ligne.

Un peu plus d’un tiers de ces entreprises font aujourd’hui appel à la formation à distance — sous forme synchrone (classes virtuelles, sessions en direct) ou asynchrone (modules e-learning en autonomie). Ce chiffre, à lui seul, dit beaucoup : pour une majorité de PME, la formation digitale reste encore largement à construire.

La taille et le secteur : deux facteurs structurants

L’étude met en évidence des inégalités d’accès importantes. Les grandes entreprises développent davantage le distanciel, parce qu’elles disposent plus souvent d’un service RH structuré, d’un responsable formation identifié, d’un budget dédié et de compétences internes pour piloter les parcours. À l’inverse, les plus petites structures font face à un cumul de freins : absence de ressources humaines dédiées, manque de temps, difficulté d’accès à l’ingénierie pédagogique.

Le secteur d’activité joue un rôle tout aussi déterminant. Les services financiers, informationnels et immobiliers, ainsi que les secteurs de la santé et de l’éducation, utilisent plus fréquemment la formation à distance. La construction et l’agriculture, moins. Ces écarts s’expliquent principalement par des cultures organisationnelles, des habitudes de formation et des niveaux de maturité digitale contrastés, et pas forcément de creux au niveau de l’accès à la technologie comme nous pourrions le penser de prime abord.

Le vrai levier, c’est la gouvernance

C’est là où l’étude du Céreq est particulièrement utile pour les acteurs de la formation professionnelle : elle déplace le débat. On parle souvent d’outils ; plateformes LMS, outils auteurs, catalogues de contenus, comme si l’équipement suffisait. La réalité, c’est que les entreprises les plus actives dans le digital learning sont celles qui ont d’abord structuré leur politique de formation.

La gouvernance de la formation, c’est avant tout avoir une stratégie claire, des acteurs internes responsabilisés, un budget, des temps dédiés, une capacité d’évaluation et un accompagnement des apprenants dans la durée. Sans ces conditions, un LMS reste un outil sous-utilisé, et un catalogue e-learning, une ressource non consultée.

Pour AINOA, dont la mission est de soutenir le développement de la formation multimodale, ce constat confirme une conviction centrale : le digital learning est d’abord un révélateur de maturité organisationnelle.

Hybridation : promesse réelle, mais exigences élevées

L’étude souligne également le potentiel des formats hybrides, qui combinent présence et distance, synchrone et asynchrone. Ces modalités offrent des leviers intéressants : souplesse, individualisation, maintien de l’interaction humaine. Mais leur déploiement suppose un niveau de maturité supérieur : concevoir un parcours hybride implique de penser l’articulation entre les temps, les activités, les rôles des formateurs et des apprenants, et les moments d’évaluation.

L’hybridation ne se résume pas à l’ajout de quelques modules en ligne dans une formation présentielle existante. C’est une ingénierie pédagogique à part entière qui demande du temps, des compétences et un cadre organisationnel solide.

Un enjeu d’accessibilité pour les PME : le rôle des acteurs de l’accompagnement

L’un des points de vigilance les plus importants de l’étude concerne les petites entreprises. Sans accompagnement externe, elles risquent de rester à l’écart des bénéfices de la formation digitale, faute de ressources pour structurer seules leur démarche.

C’est là que les OPCO, branches professionnelles, réseaux d’acteurs et organismes de formation ont un rôle décisif à jouer : fournir des repères méthodologiques, proposer des accompagnements adaptés, rendre les outils accessibles et valoriser les retours d’expérience terrain.

Ce n’est pas une question de moyens technologiques. C’est une question d’égalité d’accès à la formation, et de capacité à transformer les organisations de l’intérieur.

Ce que cela signifie pour les acteurs de la formation professionnelle

Pour EdTech Grand Ouest et les organismes de formation du réseau, cette étude du Céreq résonne directement. Accompagner les entreprises dans leur transformation digitale, ce n’est pas seulement leur proposer des solutions numériques. C’est les aider à construire la gouvernance, les compétences et les pratiques qui rendent ces solutions utiles.

La formation digitale n’est efficace que lorsqu’elle s’appuie sur une organisation qui sait la piloter. Et pour les entreprises qui n’en sont pas encore là, l’accompagnement n’est pas un luxe mais bel et bien un préalable.

Retrouvez le décryptage complet sur AINOA et la publication originale sur le site du Céreq.

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