Accessibilité numérique dans l’enseignement supérieur : quand l’organisation résiste malgré elle

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D’après l’article de Clémence Kerdaffrec, Campus Matin, 19 mai 2026

Une obligation légale. Un retard persistant. Un angle mort organisationnel.

Depuis la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, les établissements d’enseignement supérieur ont une obligation d’accessibilité numérique. En 2026, la majorité de leurs sites affichent encore la mention « non conforme » ou « partiellement conforme ». Les cours en ligne, les démarches administratives, les supports pédagogiques : peu d’entre eux sont réellement pensés pour les étudiants et personnels en situation de handicap.

Ce n’est pas un problème de mauvaise volonté. C’est un problème de culture organisationnelle.

C’est ce que révèle l’article de Clémence Kerdaffrec publié sur Campus Matin le 19 mai 2026, à travers les témoignages de trois acteurs de terrain.

86 % jamais formés — et le vrai problème n’est pas là

Une enquête menée en 2024 auprès de 309 personnels d’une université parisienne donne la mesure du défi : 86 % déclarent n’avoir jamais été formés à l’accessibilité numérique, 92 % chez les enseignants, 79 % chez les personnels administratifs et techniques.

Mais ce chiffre masque quelque chose de plus révélateur encore. Après le manque de compétences techniques (cité par 34 % des agents), le principal obstacle à la mise en pratique est l’absence de réflexe : 24 % des personnels avouent simplement ne pas y penser dans leur routine quotidienne.

Ce n’est plus une question de formation. C’est une question de culture à installer dans la durée.

80 % des handicaps sont invisibles et… invisibilisés par les organisations

Karine Gros, vice-présidente politique handicap et vulnérabilités à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC), le formule avec clarté : « On tend à se focaliser sur le bâti et les personnes à mobilité réduite, mais on oublie que 80 % des handicaps sont invisibles. »

Résultat : des vidéos sans sous-titres, des images sans texte alternatif, des contrastes insuffisants, des documents non lus par les technologies d’assistance. Des obstacles concrets qui entravent la scolarité d’étudiants dont la présence dans l’enseignement supérieur a pourtant considérablement augmenté depuis les années 2000, accélérée par la numérisation massive des enseignements lors de la crise Covid.

Un problème de pilotage plus que de technique

Pour Youen Thirion, enseignant en informatique et ergonomie à l’IUT de Lannion, le frein n’est pas le manque de savoir-faire. C’est la lourdeur des chantiers et le nombre d’acteurs impliqués dans la décision. « On ne peut pas se contenter de mettre un pansement sur l’existant… Il est beaucoup plus simple d’intégrer l’accessibilité dès le début », explique-t-il.

C’est ce qu’il enseigne à ses étudiants de BUT informatique : non pas des règles à mémoriser, mais des réflexes à automatiser répétés tout au long du cursus, dans des projets transverses concrets.

De son côté, Anke Brock, coresponsable du master interaction humain-machine à l’ENAC, plaide pour une conception participative : « Qu’ils aient une déficience ou non, il faut toujours parler aux utilisateurs, comprendre leurs besoins, observer ce qu’ils font. » Son cours de six heures sur l’accessibilité numérique commence par des témoignages d’étudiants en situation de handicap eux-mêmes parce que « le discours ne doit pas venir d’une personne valide ».

La robustesse organisationnelle en jeu

C’est là que le sujet touche à quelque chose de fondamental pour toute organisation éducative : la capacité à tenir dans le temps, sur un chantier transversal, malgré le turnover et la complexité institutionnelle.

Karine Gros en fait le diagnostic sans détour : « Cela tient beaucoup à des personnes » qui ne restent pas toujours assez longtemps pour garantir la continuité. Sans pilotage clair entre schéma directeur handicap et schéma directeur numérique, les initiatives s’essoufflent. La récente création de l’APRANESR, association dédiée aux référents accessibilité numérique des établissements de l’ESR, pourrait aider à structurer une dynamique nationale.

Mais la condition première reste la même : « C’est une question politique, on veut ou on ne veut pas », résume Karine Gros.

Ce que ça dit de nos organisations

L’accessibilité numérique est un révélateur. Elle montre ce qui se passe quand une organisation a des obligations claires, des outils disponibles, des personnes de bonne volonté et pourtant n’avance pas. Parce que la robustesse d’une organisation ne se mesure pas à ce qu’elle déclare vouloir faire. Elle se mesure à ce qu’elle fait vraiment, systématiquement, dans la durée.

C’est précisément ce type de questions : comment construire des organisations éducatives qui tiennent, qui transforment les intentions en pratiques, qui ne dépendent pas de quelques individus motivés, que nous explorerons lors de notre Université d’été.

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Retrouvez l’article complet sur Campus Matin.

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