Un regard croisé pour une rentrée EdTech.

La nouvelle saison des webinaires #OuestApprenant commence avec le regard croisé de deux personnes fortement engagées dans l’école de demain, le jour même de la Journée contre l’échec scolaire.

Ce webinaire #12 tente de tirer des enseignements de plusieurs retours d’expérience pour favoriser la mise en œuvre d’un enseignement hybride et pour en cerner les enjeux essentiels.

Benoit Jeannin est un startuper qui met le numérique au service de l’écriture pour accroître la concentration et améliorer l’acquisition des fondamentaux.

Jean-Michel Le Bault est un professeur de français visionnaire qui investit depuis dix ans les espaces numériques avec ses élèves, pour animer différents projets pédagogiques innovants pour aider à lire, écrire, publier, ou échanger.

2,5 millions de vues pour 27000 articles postés par les élèves

Jean Michel Le Baut est un professeur de français du Lycée de l’Iroise à Brest qui depuis déjà dix ans a intégré le numérique à sa pédagogie pour embarquer ses élèves. Voici son riche retour d’expérience.

Le succès époustouflant et inspirant du projet i-voix

Lorsqu’il lance le projet i-voix, un blog né au moment de l‘explosion des blogs dont les adolescents étaient férus, il n’imagine pas le succès qu’il rencontrera. Ce blog a servi et sert encore d’espace numérique de classe où toute l’année les élèves publient des articles sur le programme de première. Ce sont ainsi 27000 articles qui seront écrits par des élèves pour un total de 2,5 millions de visiteurs…. Le confinement a bien sûr été propice à son enrichissement.

Ce projet i-voix lancé par un enseignant témoigne d’un engagement fort pour permettre à chaque élève de devenir acteur de ses apprentissages. Il faut donner envie aux élèves collégiens et lycéens d’apprendre.

Des espaces collaboratifs variés pour les élèves

Jean-Michel Le Baut varie ses espaces collaboratifs. Ainsi il utilise Pearltrees pour organiser et partager des contenus numériques, mais aussi genial.ly pour partager des contenus multimédia interactifs…. Il va sur les terrains de jeu des ados et s’empare des réseaux sociaux pour favoriser l’écriture.  Il observe ainsi que « chaque année les générations d’élèves réinventent l’apprentissage du numérique« .

Une cohabitation harmonieuse du livre et des écrans

Pour lui, il est essentiel de réconcilier la culture du livre et la culture des écrans car le digital et les écrans ont transformé notre façon de lire, d’écrire, et d’apprendre. Il aime à dire à raison, que « les jeunes n’ont jamais autant écrit » ! il est donc essentiel de faire cohabiter harmonieusement ces deux cultures.

Le numérique démocratise l’écriture, jamais les ados n’ont autant écrit… il revient donc de se questionner sur la valorisation de ce travail d’écriture de nos adolescents qui mérite cette prise en considération.

De nouveaux espaces de liberté pour s’exprimer

L’objectif est bien de permettre l’apprentissage de la littérature. Grâce à ces nouveaux espaces d’expression, il offre la liberté aux élèves d’entrer à l’intérieur des livres, et celle d’écrire la suite des livres qu’ils lisent. Les livres et la littérature étant un bien commun, dont les élèves se sentent parties prenantes

Les EdTech au service de la pédagogie

Comme a l’habitude de le dire Rémy Challe (directeur général de EdTech France) : « dans EdTech, il y a d’abord Ed puis Tech ». L’éducation est le socle, la technologie vient au service de l’éducation et de la formation.

La culture du livre et la culture numérique, des apports complémentaires

Selon Jean-Michel Le Baut, il est possible de réconcilier la culture du livre et la culture numérique. Le numérique peut nous aider à mieux appréhender la littérature et la littérature peut nous aider à mieux comprendre le numérique, en particulier quand on envisage celui-ci en terme de culture plus que d’outils.

Les pratiques numériques informelles au service de la pédagogie

Réconcilier les pratiques scolaires et les pratiques extrascolaires permet de relier l’Ecole à la « vraie vie » des jeunes en intégrant également à sa pédagogie les pratiques numériques informelles des élèves (SMS, réseaux sociaux …). Voilà pourquoi, il est important de leur apprendre les usages les plus divers, les plus inventifs, les plus libres des outils qui les assignent parfois à résidence ! Par conséquent, il faut mettre le numérique aux mains des élèves pour qu’ils développent leurs compétences d’écriture.

Jean-Michel Le Baut attend ainsi des EdTech qu’elles puissent permettre de réapprendre l’écriture à l’école. C’est en tant que responsable pédagogique du projet Living Lab Interactik porté par l’académie de Rennes depuis quatre ans et en tant que collaborateur du Café pédagogique, qu’il diffuse ses expériences pour montrer de la capacité du numérique à transformer la pédagogie, à développer les compétences des élèves et construire des dynamiques de travail.

Ce projet contribue à mettre en lien les acteurs du numérique pour l’émergence du territoire apprenant.

Des formats scolaires obsolètes

« On écrit plus, mais on écrit aussi différemment… l’écriture traditionnelle n’est pas celle de nos jeunes constate Jean-Michel Le Baut : doit-on pour autant abandonner la dissertation et le commentaire ? Quels formats privilégier au service de l’apprentissage ?

Des coopératives numériques pédagogiques ont été créées dans des lieux précis afin que les enseignants invités puissent se retrouver pour découvrir de nouveaux outils plus proches et impliquants pour les apprenants d’aujourd’hui. Ainsi ils prennent part à l’innovation pédagogique.

Il existe des solutions qui font leur entrée dans l’école, comme par exemple : genial’ly qui représente à lui seul une révolution dans l’éducation nationale (présentation type diaporama, intégration vidéo…. ), avec une circulation des messages. Un tel outil permet la construction d’une contextualité. Genial.ly a d’ailleurs été récompensée : meilleure EdTech au monde ! Genial’ly contribue à améliorer l’apprentissage…

L’école de demain avec des artisans au service des pédagogues

Des startups et petites entreprises comme Learn and Go sont, selon les mots de son fondateur Benoît Jeannin, des « artisans au service des pédagogues », des enseignants et des formateurs, qui sont tous là aussi pour accompagner les jeunes vers leur réussite. Cet objectif est ainsi partagé par toute la communauté éducative.

Le but de Benoît Jeannin en fondant la société Learn&Go était d’apporter sa contribution dans l’éducation de la petite enfance par un apprentissage par le numérique. Au croisement de la recherche locale, de l’enseignement et d’une vision entrepreneuriale, l’entreprise est née, accompagnée par les instances publiques régionales. En combinant l’apport de l’écriture et en profitant du numérique, l’application montre qu’il est possible d’accroître la concentration des élèves et d’améliorer l’acquisition des fondamentaux.

Le numérique au service de l’apprentissage de l’écriture

Dans le cadre de l’appel à projets Services et contenus numériques innovants pour les apprentissages fondamentaux à l’école, lancé par le ministère de l’éducation, des solutions peuvent émerger de la rencontre entre la recherche publique et des startups. Ainsi l’appel à projets a permis à Learn and Go de mener un projet avec des laboratoires de recherche IRISA, le laboratoire Intuidoc et le laboratoire de Lannion sur les phonèmes, la mise au point d’un cahier d’apprentissage d’écriture. Ce cahier d’apprentissage sur tablette avec stylet favorise l’apprentissage en maternelle notamment de la préhension et de la pression. Un apprentissage augmenté avec le numérique. Ce cahier sorti fin 2014 avait mobilisé plus de 7 millions d’euros autour du projet collaboratif.

Le numérique élargit le champ des possibles de l’apprentissage en complément du travail des enseignants. La solution Learn and Go propose aux enfants de travailler leur concentration et favorise aussi l’apprentissage des allophones, des migrants.

Un chatbot neuropedagogique pour mieux apprendre

L’école de demain, se fera aussi peut-être avec Tiny coaching, dont l’innovation pédagogique est de proposer Tiny, un coach virtuel. Ce coach est un chatbot virtuel qui accompagne quotidiennement les apprenants dans leur formation en leur choisissant les meilleurs contenus selon leurs profils, niveaux et préférences d’apprentissage avec des formats vidéos, podcasts, articles ou encore contenus interactifs. Tiny s’assure de la compréhension en posant les bonnes questions et en rappelant régulièrement ce qui a été enseigné précédemment.

Ce premier chatbot neuropédagogique est également présent sur les messageries instantanées (Messenger, Microsoft Teams, Google Chat) pour être au plus près des usages des élèves. Tiny applique les règles de la neuropédagogie et utilise l’intelligence artificielle pour optimiser les contenus proposés.

L’école de demain se fera avec des entreprises qui mettent leur expérience technologique au service d’une expérience d’apprentissage.

Un modèle hybride entre distanciel et présentiel

Quel que soit le système, l’objectif commun est d’aider l’enfant à se concentrer. En Angleterre, contrairement à la France, le Wi-Fi est présent dans les écoles, ce qui permet de développer des outils spécifiques.

Le confinement  a permis de développer les expérimentations notamment pour kaligo practice par les parents chez eux. Au début du confinement, il y a eu beaucoup de téléchargements, un enseignant apporte la pédagogie, mais l’application doit apporter un complément. Il est important d’apporter du contenu pour alimenter les utilisateurs et favoriser l’assiduité.

Les avantages d’un modèle hybride

Une application, qu’elle soit présentielle en classe ou distancielle, permet à l’enseignant de gérer la progression de l’enfant sur les fondamentaux mais aussi de lui proposer un parcours personnalisé.

Il est également intéressant de pouvoir « rejouer »… le numérique est toujours au service des méthodes traditionnelles.

Benoit Jeannin nous révèle que, sur notre territoire, des laboratoires du même niveau que les GAFA existent, il est donc important de faire émerger ces pépites, de les mettre en lumière pour un numérique plus responsable. C’est un des objectifs d’ailleurs du collectif EdTech Grand Ouest.

Les enjeux de la place du numérique et des EdTech à l’école

Selon Benoit Jeannin, ces solutions parmi tant d’autres changent notre façon de concevoir la formation, d’adopter le progrès et d’enrichir les expériences pédagogiques.

L’innovation est pédagogique avant d’être technologique

Pour Hubert GERVAIS, fondateur de Tiny coaching, le numérique est bien entré dans les apprentissages, mais il est important de bien en faire comprendre les usages.

Le numérique est incontournable car les enfants naissent avec. Il est donc inconcevable de ne pas aller vers plus de numérique à l’école. Il est important de comprendre que l’innovation n’est as que technologique, l’innovation est pédagogique en premier lieu.

1 euro investi sur la formation des enfants, c’est 8 euros économisés plus tard

Pour que le numérique entre plus largement à l’école, il faudra que les différents acteurs publics et privés co-construisent des solutions ou des projets, après avoir pris le temps au préalable de se connaître pour s’apprivoiser, se comprendre et se faire confiance surtout ; le temps de l’éducation et celui de l’entreprise ne s’inscrivent pas dans la même échelle temps. Le temps de l’éducation est beaucoup plus long que celui de l’entreprise.

Il est important de noter que pour un euro investi dans notre système éducatif, ce sont huit euros qui seront économisés plus tard pour compenser ce non-investissement au bon moment.

Benoit Jeannin pointe la nécessité de faire évoluer les méthodes pour éviter les problèmes de financement qui font échouer de nombreuses initiatives.

La transformation de la formation des enseignants (et des formateurs) représente aussi un véritable enjeu, il s’agit de réinventer la forme des formations des enseignants et développer la coopération.

La formation par les pairs

Pendant le confinement, beaucoup de formateurs ont proposé des webinaires… des  classes virtuelles, des écritures collaboratives, … avec 20 ou 30 professeurs de l’académie… des émissions de wikiradios (Saooti) de l’académie ont été proposées… L’enjeu était de permettre un apprentissage entre pairs. Cette pratique peut être étendue avec des professeurs des écoles qui forment des professeurs de collégiens et réciproquement, des partenariats avec des associations.

Le RGPD : un enjeu important

Le règlement pour la protection des données personnelles est un frein à lever côté académie pour que l’avenir puisse effectivement s’organiser autour d’un mix distanciel et présentiel.

Pour conclure : l’e-education, un enjeu plein d’avenir

Les exemples choisis ci-dessus concernant l’apprentissage de la lecture ou celui de l’écriture, apprentissages essentiels pour se construire un futur plein de promesses, montre le potentiel du numérique pour une école plus inclusive en s’ouvrant à des mode et formats pour apprendre plus étendus.

Avancer ensemble au service des élèves

Plutôt que d’opposer enseignements distanciel et présentiel, il s’agit de les réconcilier et de les articuler pour le bénéfice des élèves et des apprenants au sens large.

« Et si, contrairement peut-être aux idées reçues, hybrider distanciel et présentiel, c’était tenter de réduire les distances, de rendre plus proche ce qui est lointain, de donner plus de présence à ce qui manque ? « 

EdTech Grand Ouest : une étonnante dynamique de travail et de créativité

Réduire les distances, c’est justement l’objectif du collectif EdTech Grand Ouest, en diffusant des retours d’expérience, afin d’évangéliser la communauté éducative, notamment à travers nos webinaires.

Notre collectif souhaite prendre sa part dans l’accompagnement du développement du numérique dans les établissements scolaires et les centres de formation, nous souhaitons rassembler nos forces et être forces de proposition.

Prochain webinaire sous forme de GO-sprint : le 7 octobre à 18H.

Ce webinaire animé par Stéphane Taupin est réservé aux adhérents du collectif EdTech Grand Ouest. Nous aborderons la place des EdTech dans la formation continue avec le concept d’espace de co-learning pour permettre aux formateurs d’accéder à ces expérimentations… Le concept sera présenté aux adhérents qui le souhaitent afin de solliciter leurs retours et améliorer le service imaginé par l-ecole.com

Biographie


Benoit Jeannin est le le fondateur de Learn and Go, une startup rennaise #EdTech, véritable acteur de l’apprentissage numérique pour l’école maternelle et primaire avec . Il a notamment développé en coopération avec des laboratoires de recherche des applications pour l’écriture, en particulier pour la remédiation du geste pour les jeunes en difficulté d’apprentissage.

L&G propose aussi un cahier de suivi de réussite de ces apprentissages. Pour le cycle 2, L&G va vers la dictée et propose au Royaume Uni un cahier numérique pour le Curriculum anglais.


Jean-Michel Le Baut est professeur de Lettres au lycée de l’Iroise à Brest, j’anime différents projets pédagogiques innovants pour investir avec les élèves les nouveaux espaces numériques susceptibles d’aider à lire, écrire, publier, échanger : blogs de classe, usages pédagogiques des réseaux sociaux, créations numériques, collaborations eTwinning…

Formateur dans l’académie de Rennes et responsable pédagogique du projet Living Lab Interactik, collaborateur du Café pédagogique, il diffuse des expériences pour montrer de la capacité du numérique à transformer la pédagogie, à développer les compétences des élèves et construire des dynamiques de travail.